Dur dur d’être bobo, bis

Holy mackerel, déjà juin 2016 !

Passons au chapître 2 de la dure vie de bobo en Calédo…

Le bobo aime acheter, consommer, manger frais, local et bio.
En métropole, il adhère à une Amap, ou jardine communautaire en plein centre ville, ou élève quelques poules et un lombricompost dans la cour de sa maison de ville, ou tout ça à la fois.
En Calédonie, l’unique Amap est saturée et le système d fonctionne à plein régime.

L’agriculture bio locale existe, elle a son label (Bio Pasifika), elle est en croissance mais encore très minoritaire. L’agriculture dite responsable ou raisonnée, qui utilise “modérément” pesticides et autres additifs chimiques, attire de plus en plus de producteurs.
Mais les produits qu’on trouve sur les étals du marché et des supermarchés, qui sont les mêmes, sont massivement issus de l’agriculture intensive moderne. Les OGM produits à coups de glyphocrotte and co ont encore de beaux jours devant eux, malheureusement.

Depuis l’installation des grandes surfaces et de leurs centrales d’achats, très peu de producteurs vendent directement au consommateur. Les grossistes sont les rois du pétrole dans ce domaine, et l’ajout de cet intermédiaire à la solde des grandes surfaces, a grandement réduit la variété des produits disponibles et fait flamber les prix. Il faut bien que chacun prenne sa (bonne grosse) marge pour survivre… aux dépens du consommateur final, dindon de la farce, as always.
Alors que les agriculteurs calédoniens savent produire une très large palette de légumes (pour les fruits c’est moins flagrant, tout ne peut pas pousser ici), les supermarchés et le marché municipal de Nouméa (trusté à 70% par les Asiatiques) proposent toujours les mêmes produits et préfèrent faire une large place à l’import plutôt qu’offrir des produits locaux. Globalisation, tu dis ?

Assez peu dans les moeurs du citadin français, le système d et les circuits parallèles sont légion à Nouméa. Ils font partie intégrante de la culture calédonienne au sens large. Famille en brousse qui fournit en cerf, légumes, fruits ; arbres fruitiers dans le jardin ou dans celui du voisin (hin hin hin) ; poulailler dans un coin de la cour ; pêche à la langouste sur le récif, aux tazar/loche/perroquet/mahi mahi sur le lagon… tout est bon pour squeezer la grande distribution et faire des économies. Et des pièces.

Les ventes entre particuliers de produits frais et surtout de fruits fleurissent sur LeBonCoin local (annonces.nc) lorsque la saison arrive. Citrons, mangues, pommes-lianes (= fruits de la passion), avocats, corossols, letchis (orthographe et prononciation locales pour litchi) se vendent à prix inférieurs, voire parfois rarement s’offrent carrément via internet et les réseaux sociaux.

On est au pays de la vie (très très) chère. Beaucoup de Zor’ prennent vite l’habitude, soit par obligation financière, soit par conviction personnelle, d’utiliser ces sources d’approvisionnement parallèles. Sauf ceux qui sont mutés pour 4 ans avec salaire indexé ou qui roulent en Porsche Cayenne, natürlich.

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Pamplemoussier et manguier

Edit : my gawd, l’épisode 1 de dur dur d’être bobo date d’il y a un an tout pile ! 😨

Miscellanées d’avril

On pourrait croire que j’ai trépassé lors d’une attaque de requin, mais non. Kass’ pas la tête !

Quelques naïves observations de Zor’ débarquée de sa Frônce natale il y a peu…

– le piéton a droit à un incroyable respect de la part des automobilistes. Je me fais parfois encore avoir d’ailleurs, roulant bon train sur un boulevard à 2 ou 3 voies, quand je remarque que mes voisins de file freinent et s’arrêtent. Il n’y a pourtant pas de feu, pas de stop, pas de maréchaussée, la route est droite… et là je monte sur les freins. Et parfois on me rentre dans le biiiip. Ouch!

– dans les stations services, où le prix du carburant n’est donc pas affiché, on ne se sert pas à la pompe. Il y a un ou une ou des pompiste(s) qui sont là pour ça.

– le prix du carburant n’est pas affiché mais il est annoncé chaque mois dans les médias. Idem pour le gaz.

– je n’ai jamais vu autant de Porsche Cayenne / Macan qu’à Nouméa. C’est devenu un jeu, j’en croise au moins un par jour. Nan, pas toujours le même…

– je n’ai jamais vu autant de Citroën Cactus qu’à Nouméa. Ça doit être le Cayenne du pauvre.

– internet est une véritable source de nervous breakdown. Comme en 1996, avec un bon vieux modem Olitec sans le tududududududu biiiiiiiip
(Edit du 25 avril 2016 : cette constatation ne s’applique plus à ma situation actuelle, mais aura bien stimulé ma production de cortisol pendant 2 ans)

– au rayon originalité, la mairie de Nouméa organise désormais chaque été “Nouméa Plage”.

– pourtant ce n’est pas forcément une bonne idée : quasiment un jour sur 2, au plus fort de l’été austral, la baignade est interdite pour raison sanitaire. Naturellement, cela ne concerne pas les bouts de plage devant les hôtels de luxe. Les bactéries le savent bien et n’y vont pas.

Kéblo

Drôle d’ambiance à Nouméa, isolée du reste de la Calédonie, vidée de la quasi totalité de son habituelle population laborieuse. La ruche ne bourdonne plus, les rouleurs sont passés à la vitesse supérieure dans le conflit qui les oppose aux autorités de tous poils. Sauf urgence et personnel médicaux, ou avion à prendre, billet à l’appui, personne n’entre ou ne sort de Nouméa.
Très facile de bloquer les accès à et depuis la ville. C’est une presqu’île, desservie par 4 routes.

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Côté pile

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Côté face

Au moins, c’est un vrai bonheur de circuler dans Nouméa.

Dur dur d’être bobo

Faire ses courses alimentaires en NC à Nouméa ressemble pas mal, à première vue, à la même activité en métropole.
Hyper- (2) et supermarchés, marchés, magasins bio, ADC CDC… La facture est évidemment bien plus salée (je parlerai des prix une autre fois) mais il est possible de consommer et manger à la française dans la capitale calédonienne. En gros. Parce que si vous n’aimez QUE les BN à la framboise, too bad, y en a pas. Sevrage sauvage, c’est ça aussi.
Les enseignes hyper/supermarchés étant les mêmes qu’en France, les produits vendus sont les mêmes, comprendre importés. Oui, même la pâte feuilletée Casino vient en avion.

Grâce à la présence d’une importante communauté asiatique (vietnamienne, indonésienne entre autres), le rayon cuisine asiat’ est particulièrement bien achalandé. A part pour du lait de coco et du soyou, je ne suis pas (encore) une cliente émérite.
Grâce à la proximité de la Nouvelle-Zélande et de l’Australie, on trouve aussi bon nombre de produits de ces pays, notamment de l’excellente viande NZ et du peanut butter OZ. Ça me fait toujours sourire de voir Brioche Pasquier et Vahiné côtoyer Uncle Toby’s et McKenzie’s dans les rayons. Je ne sais pas trop si c’est pour la clientèle touristique australo-néo-z et japonaise, voire parfois américaine, que ces produits sont disponibles dans les supermarchés nouméens, ou s’ils ont un vrai succès parmi les Calédoniens.
Je fais mes courses au supermarché le plus proche de face à la gare maritime, celui-là même qu’il faut fuir les jours ou un paquebot plein de pokens fait escale à Nouméa. En tout cas “ici, produit US” semble être un argument marketing valable.

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Moulti-coultourel !

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Personnellement, je ne regarde pas à la nationalité de la marque, mais plutôt à la provenance du produit. Pas évident de s’assurer qu’on consomme de la qualité lorsqu’on achète un produit australien, même estampillé organic. Pas (encore) de vrai label bio en Calédonie d’ailleurs. Je me rabats donc sur les produits AB importés, qu’ils soient de marques de distributeurs ou d’une “vraie” marque bio.

Lorsque je ne trouve pas un produit bio en supermarché ou que j’ai un accès de zerowaste (my hero !), je tente ma chance dans une des enseignes bio de la ville, surtout pour du vrac. Là aussi, mêmes marques et produits qu’en France, que ce soit pour les cosmétiques, l’entretien ou l’alimentaire. On se croirait chez Satoriiiiiz. Par rapport à la métropole, j’ai cependant nettement revu à la baisse mon seuil de tolérance et je consomme moins de produits bio, la faute à un grand classique propre à tous les territoires outre-mer : la vie chère.

Autre “problème” quand on habite sur une île particulièrement isolée de son pays de “tutelle” et qu’on arrive dudit pays de tutelle où tout est disponible en un claquement de doigts ou un clic de souris, c’est qu’on se trouve confronté à la rupture de stock, au rayon vide. “Prochain bateau dans 3 semaines” ou “Ce produit est contingenté, on en reçoit une fois par trimestre”. C’est comme ça. Casse pas la tête.

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Y en a plus

Tout ça pour dire qu’hormis la disponibilité aléatoire de certaines denrées, le choc culturel n’a pas lieu dans les rayons épicerie des supermarchés nouméens.

A suivre…