Miscellanées de décembre

Malabou, près de Poum

Net élargissement de mon vocabulaire local, merci le séjour en province nord : 

  • yossi ! / l’engin ! (lôngin) / l’enculé ! (lakilé, lôngulé) / bourre-le : expressions classées par élégance croissante pour signifier à son interlocuteur sa surprise “ça alors”,  “mais bien sûr”, “dans tes rêves”, “c’est ça, ouais”. C’est vulgaire pour des Zor’, mais parfaitement colloquial localement. Possible marge de progrès en terme de communication non-violente : illimitée.
  • bomec ! / bombarde ! : pas encore bien cerné la signification exacte de ces interjections, la plupart du temps précédées de “hé” (comme “l’engin” et “l’enculé” d’ailleurs). Au premier abord, ça semble vouloir dire “ben dis donc !”
  • ceb : raccourci pour “c’est bon, c’est fait”
  • tal / toul / taltoul : raccourcis pour “à tout à l’heure”
  • la vieille / le vieux : ne pas prendre mal le fait de se faire interpeler “hé la vieille, tu me ramènes un panini crevettes-bacon ?”, c’est affectueux et dépourvu de nuance péjorative. Ça chatouille un peu, hein ?
  • utilisation non systématique des pronoms possessifs : “regarde dans le tiroir à lui”, “c’est le pick up à eux”
  • olé : du drehu (langue de Lifou) oléti = merci


    Survol de la barrière, quelque part entre Nouméa et Koné

    Vanuatu

    – le Vanuatu (“République de” en entier), c’est les (ex) Nouvelles-Hébrides. Ses habitants sont les Vanuatais ou Ni-Vanuatu (Ni-Vans pour les intimes)

    – archipel d’un peu plus de 80 îles volcaniques, à 17° sud de latitude, à 540 km de Nouméa (qui est à 22° sud – sorry I’m in a “number” period)

    – colonisé par les Européens au 18ème, revendiqué et dirigé alternativement par les Brits et les Frenchies jusqu’en 1906, date de la mise en place d’un condominium franco-brit qui sévira jusqu’à l’indépendance en 1980

    – peuplé par des Mélanésiens (comme les Papous et les Kanaks) à 98%. Le reste : Occidentaux, Chinois, descendants de Viets

    – 3 langues officielles : bislama (créole local, se prononce bishlama), anglais et français. Tout le monde en ville (= à Port Vila, la capitale) parle bislama et anglais

    – ravagé par le cyclone Pam en mars 2015, l’archipel se remet du passage de ce cauchemar qui dura 4h30, vents à 330 km/h et pluies diluviennes. De l’avis général, la vie est “back to normal” mais les traces de Pam sont encore visibles.

    J’avais rencontré 2 ou 3 personnes originaires du Vanuatu, venues s’installer en NC une fois adultes. “Le paradis, c’est au Vanuatu” disaient-elles à la Zor’ découvrant la NC que je suis. Et je dois dire qu’elles ont un peu raison. 

    J’ai discuté pas plus tard qu’il y a une demie-heure avec une Française qui en revenait tout juste et était choquée, remuée par la pauvreté des Ni-Vans. J’ai toujours beaucoup de mal avec ce genre de réflexions venant de la part d’Occidentaux riches (je me considère comme riche), éduqués et bien portants. Premièrement parce que la pauvreté des anciennes colonies, qu’elles soient françaises, portugaises, espagnoles, anglaises, hollandaises, etc. ces peuples et territoires la doivent justement à leurs anciens colons qui ont asujetti et soumis les autochtones à leurs moeurs, cultures, pratiques et religions, pillé leurs ressources et se sont appropriés leurs terres. Relégué à un rang inférieur à celui de l’homme blanc omnipotent, va faire fortune et sortir de la pauvreté dans laquelle il te maintient ! Deuxièmement parce que les critères et références d’évaluation de la pauvreté sont ceux d’une Française (Parisienne, en plus) ayant vécu toute sa vie dans le confort d’une vie occidentale. Bref. Oui, pour quelqu’un qui considère comme le minimum vital acquis un toit en dur, l’eau courante, l’électricité, le lave-linge et une penderie bien remplie, les Vanuatais sont pauvres. Très pauvres, même. 

    C’est bien sûr en train de changer mais le Vanuatu peut se targuer de ne produire que des fruits et légumes bio. L’agriculture locale n’est pas industrialisée du tout, et les producteurs n’ont pas les moyens d’acheter pesticides et autres engrais chimiques. Pour le moment. Un tel Eden attire les convoitises et tout le monde est sur les rang, Chinois et Aussies en tête. Déjà bien présents dans l’archipel, il y a fort à parier que la donne va changer dans les années qui viennent. Pour le mieux ? Mmmh… really?

    Le train est déjà un peu en marche en fait. “On” a appris aux Vanuatais à dépasser le cadre du potager familial, à produire et récolter sur de plus grandes parcelles pour pouvoir vendre et tirer un revenu du surplus non consommé. Les doudous présentes 24h/24 (oui oui, elles dorment sur place !) au marché de Port-Vila vendent des produits magnifiques et sains. On est encore loin des hectares de patates bretons, et pourvu que ça dure !

    Des Occidentaux bien intentionnés veillent au grain et font en sorte que leurs activités servent d’abord les Vanuatais, comme par exemple Tanna Coffee, qui regroupe les producteurs de café de l’île de Tanna. En plus d’être fair trade et – natürlich – bio, c’est aussi le meilleur café du monde. Étrangement on n’en trouve pas en Calédonie. Protectorat, tu dis ?

    1001 pauvretés

    Happy Vanuatu!

    Le Vanuatu, c’était en juillet dernier ! Quelques photos supplémentaires à venir…

    Dur dur d’être bobo, bis

    Holy mackerel, déjà juin 2016 !

    Passons au chapître 2 de la dure vie de bobo en Calédo…

    Le bobo aime acheter, consommer, manger frais, local et bio.
    En métropole, il adhère à une Amap, ou jardine communautaire en plein centre ville, ou élève quelques poules et un lombricompost dans la cour de sa maison de ville, ou tout ça à la fois.
    En Calédonie, l’unique Amap est saturée et le système d fonctionne à plein régime.

    L’agriculture bio locale existe, elle a son label (Bio Pasifika), elle est en croissance mais encore très minoritaire. L’agriculture dite responsable ou raisonnée, qui utilise “modérément” pesticides et autres additifs chimiques, attire de plus en plus de producteurs.
    Mais les produits qu’on trouve sur les étals du marché et des supermarchés, qui sont les mêmes, sont massivement issus de l’agriculture intensive moderne. Les OGM produits à coups de glyphocrotte and co ont encore de beaux jours devant eux, malheureusement.

    Depuis l’installation des grandes surfaces et de leurs centrales d’achats, très peu de producteurs vendent directement au consommateur. Les grossistes sont les rois du pétrole dans ce domaine, et l’ajout de cet intermédiaire à la solde des grandes surfaces, a grandement réduit la variété des produits disponibles et fait flamber les prix. Il faut bien que chacun prenne sa (bonne grosse) marge pour survivre… aux dépens du consommateur final, dindon de la farce, as always.
    Alors que les agriculteurs calédoniens savent produire une très large palette de légumes (pour les fruits c’est moins flagrant, tout ne peut pas pousser ici), les supermarchés et le marché municipal de Nouméa (trusté à 70% par les Asiatiques) proposent toujours les mêmes produits et préfèrent faire une large place à l’import plutôt qu’offrir des produits locaux. Globalisation, tu dis ?

    Assez peu dans les moeurs du citadin français, le système d et les circuits parallèles sont légion à Nouméa. Ils font partie intégrante de la culture calédonienne au sens large. Famille en brousse qui fournit en cerf, légumes, fruits ; arbres fruitiers dans le jardin ou dans celui du voisin (hin hin hin) ; poulailler dans un coin de la cour ; pêche à la langouste sur le récif, aux tazar/loche/perroquet/mahi mahi sur le lagon… tout est bon pour squeezer la grande distribution et faire des économies. Et des pièces.

    Les ventes entre particuliers de produits frais et surtout de fruits fleurissent sur LeBonCoin local (annonces.nc) lorsque la saison arrive. Citrons, mangues, pommes-lianes (= fruits de la passion), avocats, corossols, letchis (orthographe et prononciation locales pour litchi) se vendent à prix inférieurs, voire parfois rarement s’offrent carrément via internet et les réseaux sociaux.

    On est au pays de la vie (très très) chère. Beaucoup de Zor’ prennent vite l’habitude, soit par obligation financière, soit par conviction personnelle, d’utiliser ces sources d’approvisionnement parallèles. Sauf ceux qui sont mutés pour 4 ans avec salaire indexé ou qui roulent en Porsche Cayenne, natürlich.

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    Pamplemoussier et manguier

    Edit : my gawd, l’épisode 1 de dur dur d’être bobo date d’il y a un an tout pile ! 😨

    Miscellanées d’avril

    On pourrait croire que j’ai trépassé lors d’une attaque de requin, mais non. Kass’ pas la tête !

    Quelques naïves observations de Zor’ débarquée de sa Frônce natale il y a peu…

    – le piéton a droit à un incroyable respect de la part des automobilistes. Je me fais parfois encore avoir d’ailleurs, roulant bon train sur un boulevard à 2 ou 3 voies, quand je remarque que mes voisins de file freinent et s’arrêtent. Il n’y a pourtant pas de feu, pas de stop, pas de maréchaussée, la route est droite… et là je monte sur les freins. Et parfois on me rentre dans le biiiip. Ouch!

    – dans les stations services, où le prix du carburant n’est donc pas affiché, on ne se sert pas à la pompe. Il y a un ou une ou des pompiste(s) qui sont là pour ça.

    – le prix du carburant n’est pas affiché mais il est annoncé chaque mois dans les médias. Idem pour le gaz.

    – je n’ai jamais vu autant de Porsche Cayenne / Macan qu’à Nouméa. C’est devenu un jeu, j’en croise au moins un par jour. Nan, pas toujours le même…

    – je n’ai jamais vu autant de Citroën Cactus qu’à Nouméa. Ça doit être le Cayenne du pauvre.

    – internet est une véritable source de nervous breakdown. Comme en 1996, avec un bon vieux modem Olitec sans le tududududududu biiiiiiiip
    (Edit du 25 avril 2016 : cette constatation ne s’applique plus à ma situation actuelle, mais aura bien stimulé ma production de cortisol pendant 2 ans)

    – au rayon originalité, la mairie de Nouméa organise désormais chaque été “Nouméa Plage”.

    – pourtant ce n’est pas forcément une bonne idée : quasiment un jour sur 2, au plus fort de l’été austral, la baignade est interdite pour raison sanitaire. Naturellement, cela ne concerne pas les bouts de plage devant les hôtels de luxe. Les bactéries le savent bien et n’y vont pas.

    Kalédo news + edit

    Suivez l’actualité calédonienne, ça chauffe. Blocages routiers, sud de Nouméa complètement isolé, dégradations des installations et voirie publiques, accident mortel sur un des barrages routiers… c’est le bronx depuis une semaine, le conflit dure depuis 3 semaines, pas de rentrée scolaire demain sur Nouméa et le grand Nouméa. Le ton va monter, à en croire les différents protagonistes, sans compter tous ceux exaspérés par cette situation.

    NC 1ère
    NCI sur fb
    La gendarmerie sur fb
    Radio Cocotier

    Edit du 25/08 : comme par enchantement, les blocages et barrages ont été levés et dès hier, la circulation était de nouveau normale. La rentrée s’est faite ce matin sur Nouméa et le Grand Nouméa. Pourquoi, comment ce revirement soudain ? Que s’est-il passé ? No clue, but strange enough… on nous cache tout, on nous dit rien.

    Kéblo

    Drôle d’ambiance à Nouméa, isolée du reste de la Calédonie, vidée de la quasi totalité de son habituelle population laborieuse. La ruche ne bourdonne plus, les rouleurs sont passés à la vitesse supérieure dans le conflit qui les oppose aux autorités de tous poils. Sauf urgence et personnel médicaux, ou avion à prendre, billet à l’appui, personne n’entre ou ne sort de Nouméa.
    Très facile de bloquer les accès à et depuis la ville. C’est une presqu’île, desservie par 4 routes.

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    Côté pile

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    Côté face

    Au moins, c’est un vrai bonheur de circuler dans Nouméa.

    Miscellanées de juillet

    – Nouméa-centre est désert le samedi après-midi. C’est du coup un vrai plaisir de faire du shopping, à condition de viser les magasins ouverts, natürlich. Oublie la rue de la Ré à Lyon ou la place St Léger de Chambéry, si actives commercialement le samedi. Ici c’est morne plaine et c’est très bien.

    – aux abords des lycées, on trouve une quantité incroyable de voiturettes sans permis. Et la même quantité incroyable de lycéens au volant de ces petits bolides. Apparemment, ce n’est pas ringard du tout. Certaines ont même l’air d’être faites maison, avec leur look de buggies.

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    Aussi tendance que le chappy de mes années lycée

    – le prix du carburant n’est pas affiché dans les stations services. Pas la peine, c’est le même partout.

    – le service de gamelles : tout un concept. Sous-traiter ses repas à une entreprise dont c’est le métier. Livrés où on le souhaite ou récupérés sur place, pour toute la famille au quotidien ou juste pour le dej au boulot, les repas préalablement choisis sont mis en barquettes et zaïïï ! Une véritable institution.

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    Un des nombreux fabricants de gamelles

    – dans le grand hall du pôle emploi local (le SEP), pour faire patienter agréablement les chômeurs, il y a une télé, branchée sur la chaîne Voyage, avec, le cas échéant, des émissions de Jamie Oliver. J’ai donc patienté agréablement.

    – patientait aussi le cliché de l’homo erectus modernus pacificus : un couple de jeunes probablement dans la vingtaine, visiblement wallisiens, très grands, très baraqués, très en surpoids, avec chacun une bouteille de soda orange. Sad, sad world… où l’embonpoint (et le pick up king size) est culturellement un signe de réussite, au détriment de la santé.

    Dur dur d’être bobo

    Faire ses courses alimentaires en NC à Nouméa ressemble pas mal, à première vue, à la même activité en métropole.
    Hyper- (2) et supermarchés, marchés, magasins bio, ADC CDC… La facture est évidemment bien plus salée (je parlerai des prix une autre fois) mais il est possible de consommer et manger à la française dans la capitale calédonienne. En gros. Parce que si vous n’aimez QUE les BN à la framboise, too bad, y en a pas. Sevrage sauvage, c’est ça aussi.
    Les enseignes hyper/supermarchés étant les mêmes qu’en France, les produits vendus sont les mêmes, comprendre importés. Oui, même la pâte feuilletée Casino vient en avion.

    Grâce à la présence d’une importante communauté asiatique (vietnamienne, indonésienne entre autres), le rayon cuisine asiat’ est particulièrement bien achalandé. A part pour du lait de coco et du soyou, je ne suis pas (encore) une cliente émérite.
    Grâce à la proximité de la Nouvelle-Zélande et de l’Australie, on trouve aussi bon nombre de produits de ces pays, notamment de l’excellente viande NZ et du peanut butter OZ. Ça me fait toujours sourire de voir Brioche Pasquier et Vahiné côtoyer Uncle Toby’s et McKenzie’s dans les rayons. Je ne sais pas trop si c’est pour la clientèle touristique australo-néo-z et japonaise, voire parfois américaine, que ces produits sont disponibles dans les supermarchés nouméens, ou s’ils ont un vrai succès parmi les Calédoniens.
    Je fais mes courses au supermarché le plus proche de face à la gare maritime, celui-là même qu’il faut fuir les jours ou un paquebot plein de pokens fait escale à Nouméa. En tout cas “ici, produit US” semble être un argument marketing valable.

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    Moulti-coultourel !

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    Personnellement, je ne regarde pas à la nationalité de la marque, mais plutôt à la provenance du produit. Pas évident de s’assurer qu’on consomme de la qualité lorsqu’on achète un produit australien, même estampillé organic. Pas (encore) de vrai label bio en Calédonie d’ailleurs. Je me rabats donc sur les produits AB importés, qu’ils soient de marques de distributeurs ou d’une “vraie” marque bio.

    Lorsque je ne trouve pas un produit bio en supermarché ou que j’ai un accès de zerowaste (my hero !), je tente ma chance dans une des enseignes bio de la ville, surtout pour du vrac. Là aussi, mêmes marques et produits qu’en France, que ce soit pour les cosmétiques, l’entretien ou l’alimentaire. On se croirait chez Satoriiiiiz. Par rapport à la métropole, j’ai cependant nettement revu à la baisse mon seuil de tolérance et je consomme moins de produits bio, la faute à un grand classique propre à tous les territoires outre-mer : la vie chère.

    Autre “problème” quand on habite sur une île particulièrement isolée de son pays de “tutelle” et qu’on arrive dudit pays de tutelle où tout est disponible en un claquement de doigts ou un clic de souris, c’est qu’on se trouve confronté à la rupture de stock, au rayon vide. “Prochain bateau dans 3 semaines” ou “Ce produit est contingenté, on en reçoit une fois par trimestre”. C’est comme ça. Casse pas la tête.

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    Y en a plus

    Tout ça pour dire qu’hormis la disponibilité aléatoire de certaines denrées, le choc culturel n’a pas lieu dans les rayons épicerie des supermarchés nouméens.

    A suivre…

    Happy Mother’s day!

    Les Nouvelles Calédoniennes me font (parfois) bien rire avec leurs inégalables titres :

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    Source : Les Nouvelles Calédoniennes du 29 mai 2015

    Je parlerai de l’igname et de sa place centrale dans la culture kanak une prochaine fois.

    * Kunié désigne l’Île des Pins et ses habitants, en langue… kunié